A Dreamer's lair


Sunblade

Chapitre 1

Encore une fois, dans mon rêve, je croise ce jeune nightblade, son aura tellement puissante que j’ai mal. C’est fréquent que ce souvenir se rappelle à moi, se répète dans mon inconscient. Il fait partie des choses qui me définissent.
Mais cette nuit, il ne recule pas lorsque je le lui demande ; il refait un pas vers moi. Je marche quelques pas en arrière, mais il me suit, et je finis par me retrouver dos au mur, une douleur atroce paralysant mes poumons.
Je regarde derrière lui, Walter est là et me regarde froidement, ne bouge pas.
Lui s’approche, pose une main sur ma poitrine ; je baise les yeux pour le voir déchirer le tissu de ma chemise, révélant mes seins. Je n’ai plus sept ans, mais quinze, et ses ongles, ses griffes, s’enfoncent dans ma chair comme dans du beurre, le sang coule et j’ai mal.
Je relève les yeux, et Walter est toujours là à regarder, et avec lui les autres membres de l’Assemblée, tous le même regard implacable sur le visage.
Ses doigts se referment autour de mon cœur, et je sens ses griffes qui s’enfoncent, percent, déchirent . Il serre, il serre, mes yeux se brouillent mais je continue à ressentir, à avoir envie de hurler sans pouvoir le faire. Je veux l’inconscience, la mort, mais mon agonie se prolonge, la douleur enfle, encore et encore…
Je me réveille en sursaut.

Pendant plusieurs minutes je regarde le plafond, en attendant que mon rythme cardiaque revienne à la normale. Je n’ose pas bouger, parce que j’ai l’impression que la plaie de mon rêve est là, prête à se rouvrir.
Finalement, je tourne la tête vers mon radio-réveil. Il est trois heures, et je me sens parfaitement réveillée. Après quatre heures de sommeil, alors que l’entraînement avec Maître Zachiel m’avait complètement épuisée. Il y a comme qui dirait un problème : je veux bien que ce soit la mauvaise semaine, mais les hormones en free ride ça me donne des maux de ventre, pas des insomnies.
Je me lève, j’enfile ma robe de chambre et mes pantoufles, et je me dirige vers la bibliothèque.

Viviane est assise dans son fauteuil habituel, devant la cheminée du le salon de lecture. Elle a un vieux bouquin sur les genoux, imprimé en alphabet cyrillique pour ce que je peux en juger.
Je savais qu’elle serait là – depuis huit ans qu’elle s’occupe de moi, je ne l’ai jamais vue dormir, jamais vue fatiguée. Elle est toujours là, dans la bibliothèque, le même regard un peu lointain, les mêmes gestes calmes. Comme le lieu qu’elle hante, elle semble hors du temps – immuable.
Elle a dû m’entendre entrer. Elle lève la tête et me sourit.
- Tu as du mal à dormir, Erin ?
J’acquiesce ; elle pose son livre et m’invite d’un geste à m’approcher.
J’attrape un coussin, et je m’assieds par terre, à ses pieds, la cheminée dans mon dos et la tête appuyée contre son genou. Elle me caresse les cheveux.
Je reste comme ça une minute sans rien dire, me laissant engourdir par la chaleur du feu et la douceur de ses gestes.
- Viviane, quelque chose approche, je dis simplement.

Viviane est celle qui m’a appris à écouter mon sixième sens – lire les auras, analyser mes intuitions… interpréter mes rêves. Je ne peux pas voir son visage lorsque je raconte mon songe de cette nuit, mais je sais qu’elle écoute attentivement. Elle et moi savons qu’un rêve aussi intense, dont je me rappelle aussi bien, veut dire quelque chose. Je n’ai pas assez de cartes en mains pour savoir exactement quoi, mais elle sait tant de choses, elle comprendra sûrement.

Quand j’ai fini mon récit, je reste un moment à ses pieds. Je me sens mieux, plus calme, mais toujours aussi réveillée. Viviane ne dit rien, ne me caresse plus les cheveux.
Je finis par me lever. Elle est pensive, pensive comme elle ne l’a jamais été en ma présence. Elle n’a pas l’air de vouloir me parler maintenant.
Je retourne dans ma chambre, prends une douche, m’habille, lis un peu en attendant l’heure du petit déjeuner... J’ai du mal à me concentrer sur ma lecture, j’admets. Je suis obligée de relire certaines phrases trois fois pour les comprendre. En fait, j’attends.
Parce que je sais au fond de moi que ce pour quoi on me prépare depuis huit ans est sur le point d’arriver.

Prologue | (à suivre)


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